Romans / Polars

 

 

couv« L’Auteure » compte sur notre attention pour écouter l’histoire du « Je » qui nous livre le récit de «  La Cheffe », « La Fille » et Cora. Les personnages avant d’être des individus  prénommés sont les ingrédients choisis de la recette littéraire. Leurs saveurs se découvrent lentement, au fur et à mesure de leur difficile et miraculeux assemblage. « La Cheffe » est une personne mystérieuse, dont la fatalité du talent l’oblige à suivre une route compacte. « La Cheffe » est une femme, qui en parallèle de l’inéluctable découverte de ses dons met au monde un enfant. « La Fille » dont l’hypothétique existence du père n’a que peu d’importance.

« La Cheffe » est originaire de Sainte Bazeille.

« L’Auteure » nous plonge dans l’univers de cette cuisinière qui reste étrangement inaccessible. Nous accompagnons le « Je » qui ne cerne pas le personnage mais égraine des morceaux de vie anecdotiques et graves.  « L’auteure » insuffle entre ses mots une indicible musique, effrayante et rassurante, violente et chaleureuse, calme et excessive. Ce roman nous parle des difficultés de la transmission, des goûts et des sentiments, des complexités de la filiation. Nourrir est un acte fondamental qui met la vie en jeu. On remet son palais entre les mains du cuisinier. L’un des plats fondateurs de l’œuvre de « La Cheffe » est une volaille dépecée et reconstituée avec sang-froid. Cet « acte de cuisine » résonne comme un crime originel terrible, une espèce de cérémonie païenne transgressive qui laisse son emprunte jusqu’à la scène finale des dernières pages : « Elle apporta dans son plat de cuisson (une fonte émaillée rouge sang) l’énorme poulet saccagé puis ressuscité à la manière d’une blague sauvage, entourée de petits légumes encore tout crépitants  dans la graisse peu considérable, dorée, parfumée, qu’avait secrétée avec conscience, avec honneur, l’admirable poulet des Joda ». Nous voici dans la densité, plongés dans un livre à l’image des plats de « La Cheffe ». Qui a entendu Marie Ndiaye lire ses textes sait que les mots sont à leur seule place possible et sifflent la bonne note à la « bonne heure ».

 

 

 

 

 

CouvBrasserie parisienne, restaurant étoilé, auberge gourmande, bistrot gastronomique, taverne mondialisée, cantine branchée, Mauro, jeune cuisinier autodidacte, traverse Paris à vélo, de place en place, de table en table.

 

Un parcours dans les coulisses d’un monde méconnu, sondé à la fois comme haut-lieu du patrimoine national et comme expérience d’un travail, de ses gestes, de ses violences, de ses solidarités et de sa fatigue.

 

Au cours de ce chemin de tables, Mauro fait l’apprentissage de la création collective, tout en élaborant une culture spécifique du goût, des aliments, de la commensalité. A la fois jeune chef en vogue et gardien d’une certaine idée de la cuisine, celle que l’on crée pour les autres, celle que l’on invente et que l’on partage.

 

 

 

1erecouvCuisiner un pavé à la sauce Vatinel. Pascal Vatinel  nous amène à penser que la recette du polar en plus de ne pas être facile, ne date pas d’hier. Son récit entremêle les histoires de la Chine contemporaine (2007) et celle du royaume du Qi (3ème siècle avant notre ère). La construction du livre est habile. Deux archéologues d’aujourd’hui, amis de jeunesses font la découverte de rouleaux de bambou narrant les épopées d’un jeune cuisinier de génie à la cour du Qi . Les deux histoires se font écho, plongeant leurs héros respectifs dans des machinations machiavéliques dont les issues finalement positives se construiront à coup de ruses et de rebondissements jubilatoires, dans des contextes historiques différents mais aux troublantes similitudes. Les ingrédients des intrigues sont découpés « menus » et ajoutés par strate pour progressivement lever l’intensité du récit. Le livre commence par le retour du jeune Zhang Chenfu dans sa ville natale. Après avoir développé une échoppe à succès sur la place du marché il avait ressenti la nécessité de voyager à la découverte des « autres cuisines ». Le jeune homme ne pouvait développer ses talents qu’en rencontrant ses paires aux méthodes à ses yeux différentes. Une jolie démonstration de la nécessité de l’altérité dans l’art culinaire. Apprendre à se confronter à de nouveaux produits, de nouveaux goûts, remettre en cause ses habitudes pour mieux inventer. L’ouvrage aborde également le pouvoir « magique » de la nourriture. Le bonheur que Zhang Chenfu apporte aux membres de la cour le rend suspect aux yeux des mauvaises âmes. D’où vient ce génie ? N’est-il pas surnaturel ? Ce cuisinier ne risque t-il pas d’empoisonner son entourage pour mieux le manipuler ? L’amour que lui porte la princesse Yujin est-il naturel ? Ou est-ce l’effet d’un envoûtement ? Les héros font face au mystère du « faire » et réagissent différemment. Manger n’est pas un acte anodin,  se nourrir implique partage et confiance. Les repas de nos archéologues contemporains se passent la plupart du temps au restaurant et sont souvent des moments importants pour l’élaboration de leurs stratégies d’action. Ils réfléchissent autour de raviolis, ou de plats traditionnels raffinés qui ne sont pas sans évoquer les recettes ancestrales du jeune prodige. Voici donc un « pavé » qui se livre, à la fois saignant et poivré. L’auteur mélange subtilement les dimensions narratives et historiques pour nous concocter un ouvrage qui ne rompt jamais avec le plaisir de lire.